Chéraz Hamouda : de la céramique qui a du cachet.
Les vapeurs de peinture, les poussières de plâtre, les argiles amorphes massées par des mains expertes, tournoyant et changeant de forme…tiens, voilà une jarre ! Une assiette, un tadjine !
Nous découvrons les travaux d’un duo frère/sœur qui façonne son art dans la céramique. Les Hamouda, Chiraz et Ismet, découlent d’une lignée dont l’art a rempli les assiettes, au moins depuis leur grand-père antiquaire, puis son fils qui a suivi sa voie. A la rencontre de Chiraz, issue de l’école des beaux arts dont elle fut majeure de promotion en 1996, portée sur la sculpture et sachant apprécier le contact de l’argile, nous découvrons l’atelier dans lesquelles ses créations prennent forme, et c’est tout une science !
Ses créations, lampes, bonbonnières, et autres objets décoratifs sont le résultat d’un savant mélange. Une recette subtile à la technique exigeante, faite de matières et de textures, de coups de main précis, de cuissons successives, de couleurs, d’émail, de pinceaux, et d’un petit quelque chose d’insaisissable, que l’on n’entrevoit qu’en entendant l’artiste parler de ses travaux. Les céramiques Hamouda accrochent à la rétine, et il est bien aisé pour tout un chacun de les reconnaitre au premier coup d’œil. Ce cachet résiste aux années d’existence de leur marque, voilà comment on pourrait résumer le processus de création d’une œuvre signée Hamouda.
Le tourneur commence par donner la forme générale de l’œuvre. On devine déjà la future lampe, la jarre, ou la gargoulette, et ce n’est qu’après une journée de séchage que les finitions sont ajoutées. Un tour au four plus tard, le biscuit (première ébauche de la pièce) est prêt à passer à la prochaine étape. L’émaillage donne couleur et éclat à la pièce, et nécessite une seconde cuisson. Une fois la pièce « vitrifiée », on y appose au pinceau la peinture à l’or 18 carats, avant de la passer une troisième fois au four. Ce long processus laisse heureusement place à toute la créativité de l’artisan. Formes géométriques, frises et losanges, motifs inspirés des faillances de la vielle Casbah, les objets qui s’offrent à la vue du visiteur assument leur double identité.
Coté pile, ils revendiquent un patrimoine qui transparaît en chaque courbe, en chaque motif. Coté face, ces couleurs éclatent et tranchent dans le vif. Il y a ce bleu pétrole, hypnotique, ce rouge hermès, faisant office de marque de fabrique, ce jaune à en faire verdir un canari de jalousie, ce vert qui n’achève pas une palette plus fournie, de quoi satisfaire tout fana d’artisanat.

